Découvrez la plaquette de l’édition 2020 du festival MUSICA

Edito

Après avoir fait, défait et refait la programmation pour répondre aux impératifs de la crise sanitaire et accueillir les publics dans les meilleures conditions, l’équipe de Musica est heureuse de vous présenter la 38e édition du festival qui se déroulera du 17 septembre au 3 octobre. Quand bien même nos esprits seraient encore marqués par des incertitudes au moment où nous écrivons ces lignes, nos engagements en faveur de la création artistique sont intacts, et même renforcés.

Cette édition de Musica, nous voulons la placer sous le signe de la confiance et de la bienveillance partagées. Ces valeurs qui appartiennent à toutes et tous sont les conditions primordiales de la vie en société, aujourd’hui plus que jamais. Nous avons conscience de nos responsabilités à votre endroit, spectatrices et spectateurs, vous qui doutez peut-être, et vous qui êtes impatient·e·s de retrouver le chemin des salles de concert. Soyez assuré·e·s que nous mettons tout en œuvre pour votre confort et votre sécurité, en étroite relation avec les autorités publiques. Mais avant de vous accueillir, nos regards se tournent déjà vers les artistes et la profession du spectacle vivant dans son ensemble. Pour eux, pour celles et ceux qui nous éblouissent et nous apprennent à observer le monde sous des lumières nouvelles, il nous importe de contribuer dès aujourd’hui à la relance du secteur culturel, symboliquement et dans les faits, en permettant la rencontre entre le public et les œuvres.

C’est pourquoi Musica n’a pas remis en question son édition 2020 et poursuit le déploiement de son projet artistique ouvert sur tous les horizons de la création musicale. Si le festival renforce son attractivité européenne, il devient aussi un outil de synergie locale associé aux principales scènes de la Ville de Strasbourg : le Théâtre National de Strasbourg, le Maillon et le TJP pour faire converger les enjeux musicaux et scéniques ; l’Opéra national du Rhin et l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, fidèles partenaires du festival ; POLE-SUD parce que la musique ne saurait se passer d’incarnation, de danse et de mouvements ; Jazzdor, La Laiterie/L’Ososphère et l’Espace Django pour dépasser les catégories musicales. Dans un esprit collaboratif et en nouant nos enjeux artistiques, ce sont ainsi plus d’une dizaine de projets parmi les plus importants de cette édition que nous portons main dans la main. Et pour affirmer plus fortement encore l’identité culturelle innovante de la ville, une douzaine de formations locales se réunissent pour clore le festival et autoproclamer Strasbourg, capitale de la création musicale.

Musica s’inscrit dans un territoire riche d’histoire et de culture. La Région Grand Est est une réalité artistique et culturelle, comme en témoignent nos collaborations fructueuses et grandissantes avec différents partenaires, à commencer par le CNCM Césaré à Reims, La Filature à Mulhouse ou les Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller. À quoi s’ajoutent des relations transfrontalières toujours plus nombreuses, avec la présence cette année de formations de Bâle (Basel Sinfonietta, Ensemble This/Ensemble That), Fribourg-en-Brisgau (Experimentalstudio de la SWR) et Stuttgart (Ensemble Ascolta). Cette dynamique est appelée à s’intensifier, comme vous pourrez l’observer lors des prochaines éditions.

C’est dans ce cadre exceptionnel pour l’essor des pratiques musicales innovantes et pluridisciplinaires que s’est bâtie cette programmation, avec en son centre deux artistes aux multiples facettes. Ryoji Ikeda, tout d’abord, que nous avons l’honneur d’accueillir à Strasbourg et auquel nous consacrons un large portrait en cinq concerts. Reconnu pour ses installations audiovisuelles monumentales exposées aux quatre coins de la planète, celui que l’on considère comme un père des cultures numériques présente à Musica son travail d’écriture instrumentale, à commencer par cette surprenante pièce pour 100 cymbales donnée en ouverture du festival. Le Danois Simon Steen-Andersen est l’autre artiste phare de cette 38e édition. Sans conteste le compositeur le plus inventif du moment, il développe depuis une quinzaine d’années une réflexion sur le format du concert et propulse les effectifs musicaux traditionnels dans le spectacle vivant du xxıe siècle. À l’image de son Piano Concerto ou de Staged Night, l’originalité des processus de déconstruction qu’il met en œuvre ne laisse personne indifférent.

L’autre aspect central de cette édition tient dans la prédominance du théâtre musical. Elle n’est pas un hasard et fait écho à l’histoire du festival, qui en a été un important moteur depuis les années 1980. La présence de Georges Aperghis, dont les résidences passées au TNS et au Conservatoire ont fortement nourri les perspectives de jeunes artistes, en est un symbole, comme le sont nos collaborations multiples avec les théâtres de la ville et des metteurs et metteuses en scène talentueux – Samuel Achache, Calixto Bieito, Séverine Chavrier, Halory Goerger et Joris Lacoste – qui ouvrent de nouvelles perspectives et réinventent la relation entre musique, scène et dramaturgie.

Nous traversons une époque de reconfiguration des cultures musicales, de transformation voire de dilution des catégories esthétiques. Sans doute est-ce un effet parmi d’autres de la recrudescence des médias numériques dans nos vies : là où les collections discographiques sont déclassées au bénéfice de playlists potentiellement infinies s’accroît la possibilité de ressourcer notre écoute à des puits diversifiés. Et certaines causes n’entraînant pas toujours les effets attendus, la virtualité suscite un besoin renouvelé de « présence », d’expériences artistiques vivantes, immédiates, humaines et fondatrices pour nos sens.

L’un des enjeux, dans ce nouveau monde de la musique, dans ce malström de données, est toutefois d’apprendre à tracer sa voie, de savoir reconnaître et se reconnaître. Dans nos vies d’auditeurs et d’auditrices, réelles et virtuelles, nous traçons des parcours. Nous découvrons des musiques, parfois par hasard, nos proches nous lèguent leurs références, nos goûts se consolident progressivement. Si notre objectif en tant que mélomanes est avant tout de tirer du plaisir de la musique, à l’ère numérique, il est aussi important de réaffirmer le caractère profondément relationnel de l’écoute. Celle-ci est tributaire du bâti sociétal de nos sensibilités, et en ce sens, elle n’est pas vierge d’enjeux politiques. Écouter revient toujours, quelque part, à faire communauté.

L’incarnation de la musique, à travers les corps, sur les scènes, dans l’espace, dans la ville et jusqu’à nos oreilles, revêt ainsi une importance déterminante. De cette conviction qui est la nôtre découle que les trajectoires du sonore doivent être réfléchies dès le plus jeune âge. L’idée d’un festival des musiques d’aujourd’hui doit être synonyme d’une attention accrue aux jeunes générations au moment où elles forment leur écoute : faire en sorte que leurs points d’entrée soient multiples, les accompagner dans le développement du sens critique, mais aussi et surtout, les écouter et prendre en considération leurs intérêts. C’est la raison pour laquelle Musica ouvre cette année un nouveau chapitre de son histoire avec la création de Mini Musica, un festival dans le festival, dédié à l’enfance et aux familles, parsemé de musiques pointues pour toutes les oreilles. Cette initiative perdurera dans le temps et sera complétée d’actions de médiation durant l’année afin de toucher toutes les classes d’âge. Nous vous proposons de tenter l’expérience, avec vos enfants ou petits-enfants, mais aussi de venir contempler l’adolescence de l’art à travers deux projets emblématiques de cette 38e édition : Teenage Lontano de Marina Rosenfeld et Aria da Capo de Séverine Chavrier.

Rejoignez-nous, entre ami·e·s ou en famille, affûtez vos sens, laissez-vous surprendre !

Stéphane Roth

www.festivalmusica.fr

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