Découvrez la plaquette de saison 2020/21 du TNS [Théâtre National de Strasbourg]

Edito

Vous nous manquez. Le théâtre a fermé ses portes un jour du mois de mars. Je me souviens. Wajdi Mouawad était arrivé la veille de Paris et répétait son texte d’Inflammation du verbe vivre. Il était impatient de fouler les planches du TNS,
nous avions rêvé à plusieurs reprises qu’il vienne dans nos murs, et à chaque fois, les circonstances nous avaient contraints à renoncer.
Vous nous manquez. Un théâtre sans spectateur·rice·s, c’est un théâtre sans âme. Un
théâtre sans artistes, c’est une coquille vide. Le 25 septembre, si tout va bien, le manège va recommencer à tourner, le brouhaha qui précède le lever du rideau dans la salle et dans les couloirs, mais aussi dans les loges, va ressurgir, la vie qui nous relie, ces instants de communauté partagés vont se retisser.
D’ici là, avant ces retrouvailles, le TNS et toute sa population industrieuse, des ateliers aux bureaux, des cintres au sous-sol, se seront remis en mouvement. À vrai dire, l’activité souterraine, invisible, tourne déjà à plein régime depuis
de nombreuses semaines et ne s’est jamais véritablement arrêtée durant le confinement.
Vous nous avez manqué, mais nous ne vous avons jamais perdu·e·s de vue, publics et artistes, vous qui êtes la raison d’être de notre geste.
À peine les portes du théâtre refermées derrière nous, ce 16 mars, nous avons réorganisé le travail et nous avons pris d’abord soin de protéger les artistes et les technicien·ne·s qui devaient investir nos murs. D’une part, en payant
tous les contrats qui avaient été engagés et les promesses d’embauche formulées jusqu’à la fin de la saison 19-20, d’autre part, en reportant, tant que possible, les spectacles annulés.
À peine les portes du théâtre refermées, nous avons pensé à vous, au moment de nos retrouvailles. Nous avons achevé, dans des conditions souvent difficiles, la construction de la saison à venir, et je tiens ici à remercier tout particulièrement l’ensemble du personnel du Théâtre National de Strasbourg pour sa réactivité et son abnégation dans ce moment totalement inédit que nous avons dû traverser.
Nous avons gardé le contact avec vous malgré tout. Nous avons, avec l’aide des artistes associé·e·s, tissé un #TNSChezVous qui était un fil, à la fois vivace et modeste, maintenant le lien. Nous avons bâti une continuité pédagogique riche à l’attention des 50 étudiant·e·s de l’École du TNS, pour qui cette interruption a été un grand vide qu’il fallait à tout prix combler en étant inventif·ve·s (merci à l’équipe pédagogique pour son engagement).
Nous avons échangé avec nos tutelles, nous avons écouté le président de la République et le ministre de la Culture et, saisissant l’opportunité qu’ils ont créée en incitant les structures à accueillir au plus tôt des artistes en création et à renouer le lien avec les publics, nous nous sommes engagés dans ce qui s’intitule, à l’échelon national, L’été culturel et apprenant, et que nous avons rebaptisé, pour nos actions, La traversée de l’été du TNS.
Tout au long de l’été, le théâtre restera ouvert. C’est inédit. Tout comme la fermeture le fut. Nous renversons le sablier et rattrapons une partie du temps perdu.
Des équipes en répétition, des répétitions ouvertes aux publics, des visites du théâtre et de l’ancien conservatoire guidées par des étudiant·e·s de l’École, des ateliers et résidences d’écriture, des acteurs et actrices qui sillonnent la ville et le territoire, des lectures en ligne #TNSChezVous tout au long de l’été et j’en passe.

Vous nous avez manqué et nous brûlons de vous retrouver. Nous préparons ces retrouvailles. Vous savez que le secteur de la culture est touché de plein fouet par la crise, alors j’ose dire que nous avons particulièrement besoin de vous cette saison. Venir, revenir au théâtre sera cette année plus que jamais un acte militant. Bien évidemment, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que vous puissiez venir en toute sécurité. Nous suivrons les règles sanitaires et nous serons à l’écoute de toutes vos questions à ce sujet le moment venu. N’hésitez surtout pas. La « foule des grands soirs », « une salle comble », « des applaudissements nourris » : nous aimons ces blocs de sens qui nous parlent de la rencontre, du croisement, de l’altérité. Notre souhait le plus cher est qu’à partir de la rentrée, le cours de nos vies d’avant puisse se redessiner pour enrichir notre quotidien et le vôtre.
Le théâtre est là pour raconter des histoires, c’est à- dire qu’il est là pour nous aider à bâtir des passerelles entre notre imaginaire et notre réalité. Depuis Eschyle et l’invention de ce que nous avons nommé théâtre, femmes et hommes écrivant n’ont eu de cesse de nous tendre des miroirs pour nous aider à affiner notre rapport au monde, l’objectiver parfois.
Le théâtre n’est pas en dehors : il est en dedans. Du moins le théâtre que certains ont appelé théâtre d’art ou théâtre de pensée ou théâtre de parole, et ce théâtre-là, c’est celui que nous défendons au Théâtre National de Strasbourg : un théâtre qui regarde le monde en face.
Alors oui !, cette année, j’ose le dire, il y aura de splendides récits, des acteurs et actrices inspiré·e·s et inspirant·e·s, des créateurs et créatrices talentueux et talentueuses de toutes générations, et oui, je peux d’ores et déjà dire que cette saison sera belle.
Je l’affirme et pourtant sur les vingt propositions que nous vous soumettons, quatorze n’ont pas encore été créées. Serais – je présomptueux, trop optimiste, fanfaron à l’excès ?
Non, c’est simplement le pari d’un théâtre de création, c’est ce risque que nous partageons avec vous qui acceptez de le prendre avec nous. Soyez en remercié·e·s.
Oui, cette saison sera belle parce que celles et ceux que nous avons convié·e·s, nous les connaissons, nous avons lu leurs textes et ils nous ont emporté·e·s. Nous connaissons les acteurs et les actrices, les metteur·e·s en scène, les scénographes, les costumiers et costumières, les éclairagistes, les sondiers et sondières, et nous pouvons donc présumer qu’il se passera quelque chose de fort et de nécessaire sur les scènes du TNS et ce, sans avoir encore vu les spectacles.
Par son engagement auprès des artistes, le TNS occupe une place unique en France : quinze des vingt spectacles que nous vous proposons sont des productions ou des coproductions. La moitié sera répétée et créée dans nos murs.
L’écriture contemporaine est encore une fois la ligne de feu de la saison, c’est cette incandescence de l’aujourd’hui que nous choisissons de privilégier. Pour une raison simple : le monde s’écrit sous nos yeux, les dramaturges d’aujourd’hui sont les mieux placé·e·s pour nous le transmettre. Pour le raconter et/ou le transcender.
Pas de dogmatisme pourtant − bien sûr, le passé peut parfois nous éclairer et nous rendre plus grands. La preuve en est de ce fil Racine qui structure en creux cette saison 20-21 : de la redécouverte d’une des tragédies les plus méconnues de Racine, Mithridate, aux variations de Frank Castorf sur Bajazet et l’oeuvre d’Artaud (Artaud fils de Racine et Racine fils d’Artaud, ose affirmer le metteur en scène), en passant par la vision de François Gremaud et Romain Daroles et leur Phèdre ! (le point d’exclamation se nommait au XVIIe siècle point d’admiration), ou Gwenaël Morin et son Andromaque à l’infini. Peter Handke, Pascal Rambert, Laurent Mauvignier ou encore Tristan Garcia résonneront sur les scènes du TNS, l’écriture à l’état pur, des textes où la frontière entre roman et théâtre, récit intime et épopée, devient transparente. Julien Gosselin se saisira du Dekalog de Kieślowski et Sylvain Creuzevault des Frères Karamazov de Dostoïevski : cap à l’Est pour une immersion dans des récits riches et qui nous donnent matière à penser.
Marie NDiaye par deux fois, Claudine Galea, autrices associées au TNS, mais aussi debbie tucker green, Sonia Chiambretto et Stéphanie Chaillou, autant d’autrices qui s’emparent du monde et de ses humanités, et de l’Histoire, et des femmes et hommes qui la traversent, dans des langues riches et acérées, comme autant de lames plantées dans nos coeurs ; Mathilde Delahaye, Pauline Haudepin et Blandine Savetier, artistes associées au TNS, et Séverine Chavrier, écrivent au plateau, inspirées par de jeunes interprètes, une nouvelle génération d’artistes issu·e·s de toutes les composantes de notre société. En construisant des oeuvres au cours des répétitions, elles aussi dessinent la carte du monde.
Au moment où je rédige ces lignes, nous semblons sortir d’une crise sanitaire au cours de laquelle, comme l’a remarqué Christiane Taubira, « ce qui fait tenir la société c’est d’abord une bande de femmes ».
Cette année, c’est une bande de femmes qui va enflammer le TNS, avec ces autrices comme porte étendard.
Je mets en scène Marie NDiaye et Claudine Galea cette saison, et la saison prochaine Leonora Miano et Anne Carson. Quatre autrices donc qui regardent sans concession le monde qui nous environne et qui, par des fables puissantes et superbement écrites, portent le théâtre au plus haut, au plus beau.
Nous n’en avons pas fini avec les autrices : dans le cadre de l’accroissement de notre engagement en faveur du développement durable, le TNS passe commande à six autrices européennes de six pièces qui auront pour point nodal cette question de la planète.
Le TNS s’engage au quotidien, dans ses pratiques, sur des questions cruciales : le développement durable, la diversité sur les plateaux, la parité, l’accessibilité. Cette saison, quatre évènements publics, pour aller plus loin encore dans nos actes, auront lieu. Nous vous y convierons bien évidemment.
Faire théâtre, être théâtre, c’est ne pas se couper du réel et être en mesure de plonger sans réserve dans l’imaginaire. Nous y travaillons avec vous, avec les artistes, d’arrache-pied. Et sans relâche !…

Stanislas Nordey, juin 2020

www.tns.fr

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